92,6 % des travailleurs avec un budget mobilité n’ont pas de voiture de société. Ce chiffre à lui seul devrait changer la manière dont les entreprises abordent le sujet. Voici l’analyse complète du dernier monitoring ONSS, avec ce que ça implique concrètement pour votre politique de mobilité.
La source
En mars 2026, l’ONSS a publié la dernière édition de son Monitoring sur le verdissement du parc des voitures de fonction. Ce rapport trimestriel, produit depuis 2022, croise deux bases de données : les déclarations sociales des employeurs (DmfA) et le registre des immatriculations de la DIV. Il couvre les voitures de fonction des travailleurs salariés — pas les indépendants ni les dirigeants d’entreprise indépendants.
Ce n’est pas un sondage. Ce ne sont pas des estimations. Ce sont les données administratives réelles de l’ensemble des employeurs belges qui déclarent des voitures de fonction ou des budgets mobilité.
Le rapport couvre les trimestres 2022/1 à 2025/4 pour les données de flotte, et les années civiles 2022 à 2024 pour les données budget mobilité (les chiffres 2025 seront disponibles dans le rapport annuel de l’année civile 2025).
Le parc de voitures de société en Belgique : état des lieux
Avant de parler budget mobilité, un cadrage sur le parc total.
Au quatrième trimestre 2025, la Belgique compte 573.905 voitures de fonction déclarées par 59.170 employeurs, pour 572.897 travailleurs concernés. Le parc est en légère hausse par rapport à 2022 (516.198 voitures au T1 2022), porté principalement par l’électrification.
L’électrification justement : 37,19 % du parc est désormais 100 % électrique (BEV). Et surtout, 80,39 % des nouvelles voitures de fonction commandées sont électriques. La transition est en cours, et elle est rapide.
Le CO₂ moyen par véhicule baisse en conséquence. La cotisation de solidarité CO₂ reste élevée (coefficient 4,00 depuis janvier 2026, qui passera à 5,50 en janvier 2027), ce qui rend les véhicules thermiques de plus en plus coûteux pour les employeurs.
Budget mobilité : une croissance exponentielle
C’est la partie la plus parlante du rapport. En trois ans, le budget mobilité est passé d’un dispositif confidentiel à un phénomène mesurable.
Les chiffres globaux
| Année | Travailleurs | Employeurs | Budget total | Budget moyen/travailleur |
|---|---|---|---|---|
| 2022 | 5.186 | 745 | 31,1 M€ | 5.999 € |
| 2023 | 10.250 | 1.155 | 72,0 M€ | 7.023 € |
| 2024 | 18.386 | 1.488 | 143,3 M€ | 7.792 € |
En deux ans, le nombre de travailleurs a été multiplié par 3,5. Le montant total par 4,6. Et ce, avant l’obligation légale prévue pour janvier 2027 (entreprises de 50+ travailleurs) et janvier 2028 (entreprises de 15+ travailleurs).
Le budget moyen par travailleur augmente aussi : de 5.999 € en 2022 à 7.792 € en 2024 (+30 %). Cela reflète probablement l’arrivée de profils à budgets plus élevés (cadres, fonctions avec des voitures de catégorie supérieure) dans le dispositif.
Rapporté au parc total
Pour mettre en perspective : 18.386 travailleurs avec un budget mobilité, c’est 3,2 % des 572.897 travailleurs ayant une voiture de fonction. C’est encore minoritaire. Mais la courbe est claire : le dispositif double tous les 12 à 18 mois. Si la tendance se maintient — et l’obligation de 2027 va l’accélérer — le cap des 50.000 travailleurs pourrait être atteint dès 2026.
Le chiffre que personne ne cite : 92,6 % sans voiture
C’est le résultat le plus frappant du rapport, et celui qui devrait interpeller chaque fleet manager et directeur RH en Belgique.
Sur les 18.386 travailleurs disposant d’un budget mobilité en 2024, 17.030 n’ont pas de voiture de fonction dans le Pilier 1. Soit 92,6 %.
Ce pourcentage est remarquablement stable dans le temps : 93,1 % en 2022, 92,2 % en 2023, 92,6 % en 2024. Ce n’est pas un effet de démarrage. C’est un comportement structurel.
Le Pilier 1 du budget mobilité impose un véhicule « respectueux de l’environnement » (100 % électrique ou émissions ≤ 50 g CO₂/km). Mais même avec cette option disponible, la très grande majorité des travailleurs choisit de ne pas prendre de voiture et d’orienter leur budget vers les Piliers 2 et 3.
Pourquoi ? L’explication la plus probable est mathématique. Si votre budget mobilité est de 700 €/mois et qu’une voiture électrique en Pilier 1 coûte 500 à 600 €/mois en TCO, il ne reste que 100 à 200 € pour les autres piliers. À 0 € de voiture, tout le budget devient disponible pour la mobilité douce, le logement ou le cash.
Où va l’argent : Pilier 2 et Pilier 3
Pilier 2 : mobilité douce et logement — 101 millions d’euros
Le Pilier 2 couvre les dépenses de mobilité durable (abonnements de transport en commun, vélo, trottinette, covoiturage) et les frais de logement (loyer ou intérêts d’emprunt pour un logement situé dans un rayon de 10 km du lieu de travail).
| Année | Montant total Pilier 2 | Travailleurs avec Pilier 2 | Montant moyen |
|---|---|---|---|
| 2022 | 19,6 M€ | 4.077 | 4.798 € |
| 2023 | 50,8 M€ | 8.329 | 6.101 € |
| 2024 | 101,2 M€ | 15.379 | 6.579 € |
Nuance méthodologique importante : les données Pilier 2 de l’ONSS ne couvrent que les travailleurs sans Pilier 1 (sans voiture). Les travailleurs qui gardent une voiture en Pilier 1 peuvent aussi utiliser le Pilier 2 pour le solde, mais ce montant n’est pas isolable dans les déclarations DmfA. Les 101 millions sont donc une sous-estimation du montant réel consacré à la mobilité douce.
Le montant moyen de 6.579 €/an par travailleur (soit environ 548 €/mois) est significatif. C’est le prix d’un abonnement SNCB + STIB combiné plus un vélo électrique en leasing, avec de la marge. Ou un allègement substantiel du loyer pour un travailleur qui se rapproche de son lieu de travail.
On sait par ailleurs que le poste « frais de logement » représente une part importante du Pilier 2. Le post viral du 2 avril 2026 sur les 77 % du budget mobilité allant au logement a d’ailleurs mis ce sujet en lumière — et c’est l’un des débats réglementaires en cours (plafonnement à 200 €/mois ?).
Pilier 3 : le solde en cash
| Année | Travailleurs avec Pilier 3 | Part des bénéficiaires | Montant moyen | Cotisation spéciale totale |
|---|---|---|---|---|
| 2022 | 3.535 | 68,2 % | 2.717 € | 3,6 M€ |
| 2023 | 6.551 | 63,9 % | 2.372 € | 5,9 M€ |
| 2024 | 11.559 | 62,9 % | 2.712 € | 11,9 M€ |
Environ deux tiers des travailleurs avec un budget mobilité touchent un solde en cash via le Pilier 3. Ce solde est soumis à une cotisation spéciale de 38,07 % à charge du travailleur, ce qui le rend moins avantageux qu’un avantage en nature, mais reste net d’impôt.
Le montant moyen (2.712 €/an) et la part en baisse (de 68 % à 63 %) suggèrent que les travailleurs allouent progressivement plus au Pilier 2 et moins au cash. Le dispositif mûrit : les bénéficiaires apprennent à optimiser leur budget.
La flotte Pilier 1 : un micro-parc en croissance rapide
Pour les 7,4 % de travailleurs qui conservent une voiture en Pilier 1, les données trimestrielles montrent une progression constante :
| Trimestre | Voitures Pilier 1 | Part du parc total | Travailleurs avec Pilier 1 | Employeurs avec Pilier 1 |
|---|---|---|---|---|
| T1 2022 | 213 | 0,04 % | 260 | 59 |
| T4 2022 | 399 | 0,07 % | 419 | 82 |
| T4 2023 | 947 | 0,17 % | 1.121 | 141 |
| T4 2024 | 1.835 | 0,32 % | 2.031 | 223 |
| T4 2025 | 2.459 | 0,43 % | 2.655 | 297 |
De 213 voitures en T1 2022 à 2.459 en T4 2025 : la croissance est réelle, mais le Pilier 1 reste marginal. Le budget mobilité est structurellement un outil de mobilité alternative, pas un outil de renouvellement de flotte.
Ce que ces données changent pour votre entreprise
Si vous êtes fleet manager
Le budget mobilité ne va pas réduire votre parc. Il va le transformer. Les 92,6 % de travailleurs sans voiture Pilier 1 sont des véhicules qui sortent de votre flotte et qui ne reviennent pas. Votre enjeu : anticiper l’impact sur vos volumes de leasing, vos négociations fournisseurs, et la gestion opérationnelle d’un parc qui va mécaniquement diminuer avec l’obligation de 2027.
Si vous êtes directeur RH
Le budget mobilité est un outil d’attractivité et de rétention. 18.386 travailleurs l’utilisent déjà. Quand l’obligation entrera en vigueur, les candidats compareront les politiques de mobilité. Avoir une policy structurée avant la date limite, c’est un avantage compétitif. La construire dans la précipitation en décembre 2026, c’est un risque opérationnel.
Si vous êtes CFO
Les chiffres fiscaux méritent attention. Le budget moyen est de 7.792 €/an par travailleur. La cotisation spéciale sur le Pilier 3 représente déjà 11,9 M€ à l’échelle nationale. Et le coefficient de la cotisation de solidarité CO₂ passe de 4,00 à 5,50 en janvier 2027, ce qui renchérit chaque voiture thermique restante dans votre flotte. Le calcul TCO voiture vs budget mobilité est en train de basculer — si ce n’est pas déjà fait.
Trois actions concrètes
- Faites le calcul pour votre entreprise. Combien de travailleurs avec une voiture de société ? Quel TCO moyen ? Quel budget mobilité ça représenterait ? Ce diagnostic prend 2 heures et vous donne une base de décision chiffrée.
- Structurez votre Pilier 2 sérieusement. 101 millions d’euros en Pilier 2 montrent que c’est le cœur du dispositif. Votre policy doit couvrir les abonnements de transport (SNCB, STIB, De Lijn, TEC), le vélo (achat, leasing, entretien), et les frais de logement — avec des règles claires.
- N’attendez pas l’obligation. Les entreprises qui implémentent aujourd’hui bénéficient d’un an d’apprentissage avant que le dispositif devienne obligatoire. Celles qui attendent janvier 2027 devront tout faire dans l’urgence — avec un marché de prestataires saturé.
En résumé
Le budget mobilité belge n’est plus un gadget. 143 millions d’euros, 18.386 travailleurs, une croissance qui double tous les 18 mois. Et le signal le plus fort : 9 travailleurs sur 10 choisissent de ne pas garder de voiture. Le dispositif fonctionne, il est mesuré, et il va devenir obligatoire. La question n’est plus « faut-il y aller » mais « êtes-vous prêt ».
Source : ONSS, Monitoring sur le verdissement du parc des voitures de fonction (travailleurs salariés), mars 2026. Indicateurs pour les trimestres 2022/1 à 2025/4. Données budget mobilité par année civile (2022-2024). Rapport complet disponible sur le site de l’ONSS.