Norme Renta 2026 : 10 ans de retard rattrapés en un document. Qu’est-ce que ça change pour votre flotte ?

Cover de la norme Renta 2026

La Norme Renta 2026 est le référentiel utilisé par les sociétés de leasing en Belgique pour évaluer l’état d’un véhicule à sa restitution. Elle distingue les dommages acceptables (usure normale) des dommages refacturés au client.

La version précédente datait de 2015. Dix ans pendant lesquels les flottes d’entreprise ont fondamentalement changé : l’électrification a explosé, les systèmes ADAS se sont généralisés, les véhicules sont devenus des terminaux connectés stockant des données personnelles.

La mise à jour 2026, développée par Renta en collaboration avec 8 sociétés de leasing membres de la fédération, intègre enfin ces réalités. Ce n’est pas un ajustement cosmétique. C’est une refonte complète.

Voici ce que chaque fleet manager, gestionnaire de parc ou responsable RH/Comp&Ben doit savoir.

1. Les limites de dégâts ne sont plus un fourre-tout

La norme 2026 clarifie ce qui est acceptable, avec des seuils physiques précis et un plafond de dommages progressif.

Ce qui est acceptable (voitures particulières) :

Les zones éraflées de moins de 8,5 x 5 cm (taille d’une carte de crédit), les rayures de moins de 8,5 cm de longueur, et les creux de moins de 2 mm sans dégât de peinture, plus petits qu’une pièce de 2 euros (25 mm de diamètre), sont considérés comme de l’usure normale.

Mais attention : le nombre de dégâts acceptables est plafonné selon l’âge du véhicule.

Âge du véhiculeNombre max. de dommages acceptables
Moins de 12 mois0
12 à 24 mois4
25 à 50 mois8
Plus de 50 mois12

Ce que cela signifie concrètement : un véhicule de leasing neuf restitué après 11 mois ne tolère aucun dégât, même mineur. Un véhicule de 4 ans peut en avoir jusqu’à 12. Au-delà de ces plafonds, même les dégâts conformes aux seuils physiques seront refacturés.

Pour les véhicules utilitaires, les seuils sont logiquement plus généreux : rayures acceptables jusqu’à 17 cm (contre 8,5 cm pour les VP), et zones éraflées acceptables jusqu’à 2 cartes de crédit (17 x 5 cm).

Conseil pratique : Un fleet manager qui gère des restitutions échelonnées a tout intérêt à planifier les retours des véhicules les plus récents avec plus de vigilance. Un véhicule de moins d’un an est un véhicule à tolérance zéro.

2. State of Health (SoH) : le nouveau kilométrage

C’est la nouveauté majeure de cette mise à jour. Un chapitre entier est désormais consacré à l’état de santé des batteries des véhicules électriques et hybrides rechargeables.

Le SoH (State of Health) indique la capacité résiduelle de la batterie par rapport à sa capacité d’origine. Un SoH de 90% signifie que la batterie conserve 90% de sa capacité initiale. Ce pourcentage a un impact direct sur l’autonomie et donc sur la valeur résiduelle du véhicule.

La norme impose désormais des règles d’hygiène de charge :

  • Maintenir la batterie entre 20% et 80% autant que possible
  • Ne pas recharger systématiquement à 100% si le véhicule ne sera pas utilisé immédiatement
  • Privilégier la charge en courant alternatif (AC) plutôt que le courant continu (DC) au quotidien
  • Signaler immédiatement toute erreur de charge à un réparateur agréé

Condition de restitution : Au moment de la restitution d’un VE loué à long terme, la batterie doit afficher un niveau de charge minimum de 30% (SoC, State of Charge) ET une autonomie résiduelle d’au moins 100 km. En cas de non-respect, la société de leasing peut refacturer les frais de recharge majorés de frais de manutention.

Ce que cela change pour les fleet managers : Le suivi du SoH devient un indicateur de gestion à part entière, au même titre que le kilométrage ou la consommation. Les entreprises qui forment leurs conducteurs aux bonnes pratiques de charge protègent la valeur résiduelle de leurs véhicules et évitent les mauvaises surprises à la restitution.

Pour aller plus loin sur la durabilité des batteries, consultez notre analyse détaillée de l’étude Geotab (22.700 véhicules)

3. Données privées et véhicules connectés

Les véhicules modernes sont des coffres-forts numériques. Répertoires téléphoniques, adresses, historiques de navigation, mots de passe Wi-Fi, applications connectées (stationnement, dashcam, plug&charge)… toutes ces informations doivent impérativement être supprimées avant la restitution.

La norme Renta 2026 est explicite : le conducteur doit procéder à une réinitialisation des paramètres d’usine et à la suppression de tous les profils utilisateur via le système d’infodivertissement du véhicule. Toutes les connexions entre le véhicule et les applications smartphone doivent être définitivement interrompues.

Si des données subsistent à la restitution, la société de leasing peut procéder à leur suppression et facturer les frais correspondants au client.

Conseil pratique : Intégrez cette étape dans votre procédure de restitution standard. Un simple check-list « pré-restitution » envoyé au conducteur 2 semaines avant la date prévue peut éviter des frais inutiles et des risques de sécurité des données.

4. Réparations : garages agréés ou rien

La norme rappelle un point souvent sous-estimé : toutes les réparations doivent être effectuées par des garages agréés par le loueur, même si le coût est à charge du client.

Les réparations non conformes ne sont pas acceptées. Cela inclut les différences de couleur dans la peinture, les résidus de poussière, les coulées de peinture, les mauvaises préparations de support, ou le recours à des pièces de qualité inférieure.

Pour les utilitaires, un point supplémentaire : les bosses provoquées de l’intérieur par un mauvais arrimage du chargement, avec répercussion visible sur l’extérieur, ne sont pas acceptables.

5. Pare-brise et capteurs ADAS : la zone sensible

Avec la généralisation des systèmes ADAS (freinage d’urgence, maintien de voie, régulateur adaptatif), la zone pare-brise devient critique.

Sont acceptables : les petits éclats de pare-brise inférieurs à 25 mm, situés en dehors du champ de vision du conducteur ET en dehors du champ de vision des caméras et capteurs ADAS. C’est une double condition.

Ne sont pas acceptables : les éclats dans le champ de vision du conducteur (même réparés), les éclats dans la zone des capteurs ADAS (même petits), les fissures ou débuts de fissure.

Recommandation Renta : réparer les petits éclats le plus rapidement possible via les partenaires agréés de votre société de leasing. Les éclats de moins de 25 mm sont généralement réparables sans remplacement de vitre.

6. Ce qui ne change pas (mais reste méconnu)

Quelques rappels utiles :

Documents obligatoires à la restitution : certificat d’immatriculation (les deux volets si post-septembre 2013), certificat de conformité original, carnet d’entretien, passeport de la clé, cartes mémoire du GPS, attestations de contrôle technique.

Lettrage et stickers : tous les lettrages, films et logos doivent être retirés sans traces. Les frais de retrait, résidus de colle ou décoloration sont à charge du client (sauf si inclus dans le contrat de location).

Pneus hiver : les véhicules restitués en période hivernale peuvent être chaussés de pneus hiver, mais les jantes originales doivent impérativement accompagner le véhicule (montées ou démontées).

7. VP vs Utilitaires : deux normes, deux réalités

La Norme Renta 2026 se décline en deux versions distinctes : voitures particulières (VP) et véhicules utilitaires légers (VU). Les principales différences :

CritèreVPVU
Rayures acceptables< 8,5 cm< 17 cm
Zones éraflées acceptables1 carte de crédit (8,5 x 5 cm)2 cartes de crédit (17 x 5 cm)
Dommages intérieurs spécifiquesUsure standardInclut l’espace de chargement
Documents supplémentairesRapport d’identification, attestations techniques (grues, lifts)

Pour les flottes mixtes : assurez-vous que vos gestionnaires de parc connaissent les deux référentiels. Une erreur fréquente consiste à appliquer les seuils VP aux utilitaires (et inversement).

En résumé

La Norme Renta 2026 professionnalise la gestion des restitutions de véhicules de leasing en Belgique. Pour les fleet managers, trois priorités :

Premièrement, intégrer le SoH des batteries dans les KPI de gestion de flotte et former les conducteurs aux bonnes pratiques de charge.

Deuxièmement, créer une procédure de pré-restitution standardisée incluant la réinitialisation des données, la vérification des documents, et un contrôle visuel préalable.

Troisièmement, planifier les restitutions en tenant compte de l’âge du véhicule et des plafonds de dommages correspondants.

Les coûts cachés de fin de leasing sont souvent le résultat d’un manque de préparation, pas d’une utilisation abusive.

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Sources :

La Norme Renta est-elle contraignante ?

Non, c’est un guide de référence. Chaque société de leasing a ses propres conditions contractuelles. Mais dans la pratique, c’est le standard du marché belge.

Que faire si je conteste une facture de dégâts ?

Vous pouvez demander une contre-expertise à un expert agréé. Ne jamais immobiliser le véhicule en attendant la résolution du litige (les frais d’immobilisation seront ajoutés).

Les dégâts de parking sont-ils couverts ?

Seulement si un tiers responsable est identifié et qu’une déclaration existe. Sinon, c’est à charge du conducteur.

Comment suivre le State of Health de la batterie ?

La plupart des constructeurs affichent le SoH dans le tableau de bord ou l’app constructeur. Demandez à votre société de leasing un reporting SoH périodique si ce n’est pas inclus.

La norme s’applique-t-elle au leasing court terme ?

Non. Les limites de nombre de dégâts ne s’appliquent pas aux véhicules de location à court terme.