Budget mobilité : les 10 questions que vos employés vont vous poser (et les réponses que la loi ne donne pas toujours clairement)

Budget Mobilité - 10 questions que vous vous posez.

Le budget mobilité devient obligatoire en 2027 pour les entreprises de 50+ salariés, et en 2028 pour les 15-50. La théorie est connue. La pratique, beaucoup moins.

Ces dix questions viennent directement du terrain : webinaires sectoriels, workshops clients, et échanges avec des responsables RH et fleet managers. Ce ne sont pas des questions académiques. Ce sont les questions qui bloquent les décisions.

1. Mon entreprise est-elle vraiment obligée ?

Ça dépend de trois critères.

Taille : l’obligation s’applique aux entreprises de 50+ travailleurs (2027) et de 15-50 travailleurs (2028). Les entreprises de moins de 15 travailleurs ne sont pas concernées.

Calcul du nombre de travailleurs : on prend la moyenne des 4 derniers trimestres avant l’obligation. Pour une obligation au Q1 2027, cela signifie Q4-2025, Q1-2026, Q2-2026 et Q3-2026. C’est la moyenne, pas le pic.

Condition préalable : l’employeur doit avoir proposé des voitures de société de manière ininterrompue pendant au moins 36 mois avant l’introduction du budget mobilité. Sans voiture de société dans le package, pas de possibilité de proposer le budget mobilité (avant d’avoir offert au moins une voiture pendant 36 mois).

Qui est « travailleur » ? Employés, cadres et ouvriers. Toutes les catégories de personnel sont comptées.

2. Peut-on implémenter maintenant sans attendre 2027 ?

Oui, et c’est même recommandé. Prenez le temps de le faire avant et de le faire bien. Il va être obligatoire et risque de ne plus changer, donc pourquoi attendre? Il n’y a aucune pénalité à anticiper.

L’avantage de commencer tôt : vous avez le temps de tester, d’ajuster, et de corriger les problèmes avant que l’obligation ne s’applique. Les entreprises qui attendent le dernier moment se retrouvent souvent avec une implémentation a minima qui ne satisfait personne.

3. Si un employé refuse le budget mobilité, est-ce définitif ?

Non. Le refus n’est pas définitif. Je dirais surtout, il n’y a pas de refus. Le budget mobilité est obligatoire pour les entreprises mais pas pour les travailleurs qui sont libres de garder uniquement leur voiture de société (hors du budget mobilité). Un travailleur qui décline le budget mobilité à un moment donné peut changer d’avis ultérieurement. L’employeur doit maintenir la possibilité de choisir le budget mobilité de manière permanente (ou du moins en fin de contrat de leasing), pas uniquement lors d’une fenêtre d’inscription annuelle.

En pratique : la plupart des refus viennent d’un manque d’information ou d’une mauvaise présentation des options. Quand les alternatives concrètes sont expliquées (montants, possibilités du pilier 2, impact fiscal du pilier 3), le taux d’adhésion augmente significativement. D’expérience, quand on explique aux employés ayant droit à une voiture de société qu’en prenant une plus petite voiture ou un véhicule moins premium ils peuvent avoir un budget à dépenser en mobilité ou moins taxé qu’un bonus, beaucoup reconsidèrent leurs véritables besoins et d’autres, amoureux de voitures, continuent à se faire plaisir. Et c’est très bien.

4. Les taxis et voitures de location doivent-ils être électriques ?

C’est la question qui génère le plus de confusion. La modification de la loi de décembre 2023 (entrée en vigueur le 1er janvier 2026) crée un système à plusieurs niveaux au sein du pilier 2. L’article 3, §1er, 8°, d) distingue trois tirets dans la catégorie « solutions de partage », et le point 11° de l’article 25 précise que seuls les véhicules motorisés visés aux « premier et troisième tirets » doivent ne pas émettre de CO₂.

Concrètement, voici ce que cela donne :

Véhicules partagés (Cambio, Poppy, etc.) : oui, zéro émission obligatoire depuis le 1er janvier 2026. C’est le « premier tiret » de l’article 3, §1er, 8°, d).

Services de location de voitures avec chauffeur (Uber, Bolt, etc.) : oui, zéro émission obligatoire. C’est le « troisième tiret », explicitement visé par l’exigence.

Taxis : c’est le « deuxième tiret » — et il n’est PAS repris dans la référence « premier et troisième tirets » du point 11°. Selon cette lecture de la loi, les taxis ne sont donc pas soumis à l’exigence zéro émission. Toutefois, certains conseillers interprètent le texte différemment, et en pratique, sur base d’un reçu de taxi, il est de toute façon impossible de déterminer la motorisation du véhicule. Cette zone grise n’est pas (encore) sanctionnée.

Location classique sans chauffeur (Hertz, Avis, vacances) : cette catégorie figure dans une disposition séparée (« location de véhicules sans chauffeur, pour maximum 30 jours calendrier par an ») et n’est pas visée par l’exigence zéro émission.

Conseil : documentez votre politique interne sur ces points. Le texte légal laisse des marges d’interprétation, notamment pour les taxis. En cas de contrôle, c’est la cohérence de votre approche et la bonne foi qui seront évaluées. Nous recommandons de suivre l’évolution des circulaires administratives sur ce sujet.

5. Le pilier 2 est-il 100% déductible ?

Les dépenses du pilier 2 (transports en commun, vélo, trottinette, covoiturage, etc.) sont intégralement déductibles pour l’employeur. C’est l’un des avantages structurels du budget mobilité par rapport à la voiture de société classique surtout dans les années à venir lorsque la déductibilité va diminuer.

Pour l’employé, les montants dépensés dans le pilier 2 sont exonérés de cotisations sociales et d’impôts. C’est du net, comme pour la voiture de société. Le pilier 3 est taxé au taux forfaitaire de 38,07% et la voiture dans le premier pilier est soumis à un avantage toute nature (ATN) comme tout véhicule de société.

6. Le pilier 1 suit-il la fiscalité des voitures de société ?

Oui. Le véhicule du pilier 1 est soumis aux mêmes règles fiscales qu’une voiture de société classique. Concrètement, depuis le 1er janvier 2026 :

  • Le véhicule du pilier 1 doit être 100% électrique (zéro émission)
  • La déductibilité est de 100% en 2026 (dernière année à ce taux)
  • Elle passera à 95% en 2027, puis diminuera progressivement

La cotisation de solidarité CO₂ (ONSS) reste d’application sur le véhicule du pilier 1, mais elle est évidemment bien moindre pour un véhicule électrique que pour un thermique (d’autant plus que cette cotisation a été multipliée par 4 en 2026 pour les véhicules non-électriques).

7. Comment gérer les déplacements professionnels ?

C’est une question de cohérence avec la politique existante.

Règle de base : si les déplacements professionnels étaient auparavant couverts par la voiture de société (essence/leasing/assurance), alors ils sont logiquement couverts par le budget mobilité. Le budget mobilité remplace la voiture dans son ensemble, y compris son usage professionnel. L’employé qui effectue un déplacement professionnel (en Belgique) en train ou avec une voiture partagée devra donc le payer avec son budget mobilité.

Exception : si l’entreprise avait un système séparé de remboursement des frais de déplacement professionnel (indemnité kilométrique, carte carburant distincte), ce système peut être maintenu en parallèle du budget mobilité.

Conseil : clarifiez ce point AVANT l’implémentation. C’est la première source de confusion chez les travailleurs qui passent au budget mobilité.

8. Et les entreprises publiques, écoles, associations ?

La question revient souvent : « Mon organisation ne propose pas de voitures de société. Peut-on quand même offrir un budget mobilité ? »

Réponse courte : non. La condition des 36 mois de voitures de société est une condition sine qua non. Sans historique de voitures de société, le budget mobilité n’est pas accessible.

Alternative : ces organisations peuvent proposer des avantages de mobilité via d’autres mécanismes (abonnements transports en commun, indemnité vélo, plan de déplacement d’entreprise). Ce n’est pas un « budget mobilité » au sens légal, mais l’effet pratique peut être similaire.

9. Comment garantir que le budget ne va pas exploser ?

C’est LA question des CFO. La réponse repose sur trois mécanismes.

Le plafond légal : le budget mobilité est plafonné à maximum 1/5 (20%) du salaire annuel brut du travailleur, avec un maximum absolu de 17.244 €/an et un minimum de 3.233 €/an (montants 2026). Le TCO de la voiture de société actuelle sert de base de calcul.

L’indexation : le budget mobilité n’est pas automatiquement indexé sur l’évolution de la car list même si nous conseillons de le faire par soucis d’équité. Si vous augmentez le TCO de votre car list d’une année à l’autre, vous n’êtes pas obligé d’augmenter les budgets mobilité existants. Les nouveaux adhérents peuvent se voir appliquer le nouveau TCO, mais les budgets en cours restent stables (sauf politique interne contraire).

Le pilier 3 comme amortisseur : tout montant non dépensé dans les piliers 1 et 2 est versé en cash (pilier 3), soumis à une cotisation spéciale de 38,07%. Pour l’employeur, ce coût est prévisible et inférieur au TCO d’une voiture de société.

Pas de surprise: contrairement au budget carburant d’un véhicule ou même au loyer qui peut varier en fonction des kilomètres parcourus et frais de recharge, le budget mobilité est fixé en début d’année et ne risque pas d’exploser.

En chiffres : un budget mobilité moyen de 10.000 €/an coûte à l’employeur 10.000 €. À comparer au TCO moyen d’une voiture de société : 8.000-15.000 €/an selon le segment.

10. Un employé peut-il garder son leasing VE en cours et passer au budget mobilité ?

Oui, mais avec une procédure spécifique.

Administrativement, l’employeur doit retirer la voiture de société de la DMFA (déclaration multisectorielle) du travailleur, puis la réattribuer le lendemain comme véhicule du pilier 1 du budget mobilité. C’est un passage technique, mais il est nécessaire pour que le cadre fiscal du budget mobilité s’applique correctement.

En pratique : la transition est possible à tout moment, pas uniquement en fin de contrat de leasing. Mais l’employeur peut raisonnablement demander que la transition coïncide avec un moment administratif logique (début de trimestre, par exemple).

Le point commun de ces 10 questions

Aucune de ces questions n’a de réponse évidente. C’est précisément pour ça que seulement 4,51% des entreprises belges proposent aujourd’hui le budget mobilité : le cadre légal existe, mais sa traduction opérationnelle demande un travail de préparation que peu d’entreprises ont le temps ou l’expertise de faire seules.

L’obligation de 2027 ne changera pas cette complexité. Elle ne fera qu’ajouter l’urgence.

Workshop « Budget mobilité : de la théorie à la pratique »

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En une demi-journée ou une journée, vous repartez avec une Mobility Policy personnalisable, un kit de communication pour vos collaborateurs, une checklist d’implémentation en 6 phases, et une grille de décision pour choisir l’outil adéquat et gérer au mieux les déplacements professionnels. Maximum 8 participants par session pour garantir l’interactivité.

Prochaines sessions (à confirmer) : mardi 12 mai, jeudi 4 juin et mercredi 17 juin 2026.

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Sources :